3 questions à Nadia Ghazzale, de l'A.M.E.J., auto-école sociale

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Entretien avec Nadia Ghazzale, de l’AMEJ
 
La mobilité (ou plutôt son absence) est régulièrement évoquée comme un frein pour l’accès à l’emploi. Le permis de conduire est encore aujourd’hui un sésame pour de nombreux postes. De nombreux acteurs se mobilisent dans toute la France pour répondre à cet enjeu fort. Parmi ces initiatives, on rencontre des structures qui s'attachent à aider au passage du permis pour des publics en difficulté avec l'apprentissage de la conduite.
Nadia Ghazzale, vous travaillez pour l’AMEJ (Aide à la Mobilité et l’Emploi pour les Jeunes), une « auto-école sociale » : mais qu’est-ce que ça veut dire ?
 
L’activité « auto-école » a été développée à l’origine par l’URHAJ, tournée vers les publics des Foyers de Jeunes travailleurs. Avant d’être reconnu comme une véritable auto-école et pouvoir faire passer les permis, il s’agissait surtout d’une action de sensibilisation et de formation en appui pour le code ; avec un renvoi vers des auto-écoles partenaires. Il y avait déjà un travail sur une pédagogie différenciée, pour aider les jeunes à atteindre l’objectif : le code de la route.
Et depuis 1998, le dispositif bénéficie d’un agrément spécifique aux auto-écoles associatives. Cet agrément témoigne d’un travail de pédagogie différenciée pour un public spécifique et permet d’être reconnu comme une véritable formation qualifiante pour le permis de conduire !
 
L’URHAJ a développé des actions spécifiques sur des territoires urbains (Feyzin, …) comme des territoires plus ruraux (St Symphorien Sur Coize, …) pour être au plus proche des habitations des personnes accompagnées.
En 2010, une action plus massive est menée avec Martin Hirsch, à travers l’accompagnement de plus de 250 jeunes, pour une véritable préparation au permis de conduire.
Et à partir de 2012, le public concerné est élargi : on ne touche plus seulement les Foyers Jeunes travailleurs, mais sur des critères plus larges : PLIE (Insertion par l’emploi), Assistance sociale, Pôle Emploi, Missions Locales, …
 
L’AMEJ n’accueille que des personnes orientées vers elle par un de ces partenaires. Mais le sujet peut être mis sur la table de son conseiller Pôle Emploi, par exemple, par la personne intéressée pour passer le permis ! Il y a ensuite certains critères d’éligibilité, avec tout particulièrement un projet professionnel validé, et la nécessité d’un projet pédagogique différencié autour de la sécurité routière — complètement différent du niveau scolaire — par exemple : repérage dans l’espace, gestion du stress, … Il y a un « reste à charge » qui permet de financer l’activité et qui dépend de la durée du parcours et des aides annexes mobilisables. Mais ce n’est souvent pas une barrière, car de de plus en plus de gens voient le permis comme un projet de vie et mettent de côté pour le financer.
Chaque personne est accueillie à l’association et passe une série de trois tests pour établir les capacités de la personne en limitant au maximum le recours à l’écriture. Un entretien de motivation vient compléter cette démarche pour valider l’implication de la personne formée.
Et enfin, une évaluation à bord d’un véhicule d’une vingtaine de minutes — avec le seul volant — porte sur la capacité d’apprentissage.
 
Vous parliez de pédagogie différenciée ? Qu’entendez-vous par là ?
 
Des contrats de formation sont signés avec un temps long donné à l’apprentissage de compétences : le recours aux tests arrive assez tard sur le passage du code par exemple, pour éviter la pédagogie par l’échec.
Lors de la période de tests intensifs en fin d’apprentissage, des sessions de cours renforcées sont mises en place, ou encore de la conduite commentée (c’est le moniteur qui conduit, et les élèves discutent sur ce qui est en train d’être fait), des ateliers de gestion de budget, de gestion de la respiration, … On met également en place des binômes de conduite sur une demi-journée, pour aller plus loin et apprendre autrement. Régulièrement, nous organisons aussi des voyages-écoles, sur toute une journée et en petit groupe, avant les examens.
Des moyens d’effacer l’apprentissage au profit d’un moment agréable qui renforce malgré tout leur autonomie : choix de la destination, du trajet, …
 
Enfin, un suivi socio-professionnel est assuré avec le référent de chaque élève. Ce qui est assez impressionnant, c’est que la démarche d’apprentissage et la posture des élèves ont en eux-mêmes un impact positif pour les élèves, notamment sur la question de la confiance en soi, et tout particulièrement dans la recherche d’emploi.
 
Depuis quand travaillez-vous là-bas ?
 
Je travaille à l’AMEJ depuis un an et demi. Avant, je travaillais dans l’insertion par l’activité économique (IAE), plus précisément dans un chantier d’insertion, dans le sud de la France. J’ai été motivée pour rejoindre l’AMEJ par le moment de vie de l’association, qui était à ce moment en pleine reprise d’activité, avec le challenge de remonter la structure, tout réinventer, monter en réflexion — avec en perspective possible l’élargissement de l’activité au-delà de l’auto-école pour cette année !
 
Le dispositif « auto-école » a pris son « autonomie » en 2013 sous forme d’une association appelée « AMEJ », elle-même rattachée à une filiale de la Fondation des Apprentis d’Auteuil qui pousse l’accompagnement au-delà des 17 ans pour l’accompagnement vers l’emploi : Auteuil Formation Continue. Il existe 2 autres auto-écoles associatives au sein de la Fondation : Marseille et Nantes.
La Fondation des Apprentis d’Auteuil est quant à elle une structure plus que centenaire qui travaille avec un public jeune (3-16ans) autour de son placement et de son accompagnement, dans le domaine de l’aide sociale à l’enfance.

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