Déchets et économie circulaire

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De l'économie circulaire informelle pratiquée par les chiffonniers du XIXe siècle à la mainmise des "multinationales des déchets" au XXIe, les déchets des uns ont toujours fait l'objet de la convoitise des autres, jusqu'à devenir une source de profit immense à l'échelle planétaire. Les mêmes entreprises françaises, les mieux implantées sur le marché mondial des déchets, détiennent la quasi-totalité des marchés de collecte et d'exploitation des incinérateurs et des décharges dans notre pays. Par conséquent, alors que tout le monde s'accorde sur le fait que "le meilleur déchet est celui qui n'est pas produit", ces entreprises n'ont aucun intérêt à encourager la réduction à la source des déchets, puisque c'est justement le déchet produit puis traité qui leur rapporte de l'or ! Mais le profit de quelques-uns est synonyme de grosses dépenses pour d'autres : en France, la seule gestion des déchets municipaux coûte plus de 7,4 milliard d’euros par an aux ménages. 
Outre l'impact économique pour chacun d'entre nous, l'impact écologique de nos déchets est, on ne le sait que trop, lourdement préoccupante. D'après le global Footprint Network, l'empreinte écologique permet de mesurer la surface minimale de terre et d'eau dont une population humaine utilisant les technologies existantes a besoin pour produire les ressources qu'elle consomme et pour assimiler les déchets qu'elle produit. A l'échelle mondiale, l'humanité "consomme" ainsi plus de 1,3 planète par an. A partir du calcul de l'empreinte écologique, on peut estimer quel est le "jour de dépassement de la Terre", c'est-à-dire la date à laquelle nous avons dépassé la capacité de régénération annuelle de la planète (le 27 septembre en 2011 !). De plus, à propos des matières plastiques laissées à l'abandon, à travers le monde, elles tuent chaque année jusqu’à un million d’oiseaux de mer, 100 000 mammifères marins et une quantité innombrable de poissons.
 
Depuis 2002, les décharges devraient n'accueillir que des déchets dits "ultimes", mais le flou réglementaire entourant le définition de ce terme permet encore aux collectivités d'enfouir une majorité de déchets recyclables et compostables, ce qui entraîne l'infiltration d'un jus toxique dans le sol et la production de "biogaz", constitué en particulier de méthane, un gaz à fort pouvoir d'effet de serre. Quant aux incinérateurs - usine de traitement fondée sur la combustion partielle des déchets en présence d'un excès d'air -, ils représentent le mode de traitement des déchets le plus onéreux et nécessitent une alimentation constante et continue en déchets pendant toute leur durée de vie (au moins 40 ans). Pour une tonne de déchets avalée par un incinérateur, celui-ci rejettera 6 000 m3 de fumée contenant des polluants divers, environ 350 kg de résidus solides toxiques et des effluents liquides.
 
Le tri des déchets - officiellement lancé en France en 1992 pour les emballages - est l'action qui consiste à les séparer selon leur nature dès leur production à domicile, pour permettre la récupération et valorisation des matériaux et le compostage de la part organique des déchets. Les consignes de tri ne sont pas toujours bien assimilées par la population et le taux de déchets refusés à l’arrivée du centre de tri est de 23 % en moyenne. Le recyclage permet de substantielles économies de matières premières et d'énergie, tout en réduisant la quantité de déchets ultimes à traiter. Mais ce procédé de valorisation de la matière n'est cependant pas sans impacts : le cycle de production de matière recyclée est lui aussi consommateur de ressources, en quantités très variables selon le matériau considéré. Entre outre, certains processus dits de recyclage utilisent les matériaux pour fabriquer des produits de qualité inférieure, limitant le nombre de cycles de recyclage possibles, on appelle ce processus le "downcycling", par opposition au recyclage en boucle.
 
Enfin, prévenir, en matière de déchets, c'est surtout éviter : éviter d'abord la production, mais aussi l'achat de certains produis au profit d'une consommation plus responsable (en toxicité et en quantité) et enfin éviter l'abandon précoce des objets, en développant la réparation et le réemploi. La prévention, terme souvent remplacé par le mot "réduction", peut être envisagée de manière plus ou moins ambitieuse : dans les cas des emballages alimentaires par exemple, on peut travailler sur l’allègement des matériaux, sans remettre en cause les modes de distribution et de consommation actuels... Réfléchir à d'autres organisations logistiques, comme les systèmes de consigne ou la vente en vrac, permet d'aller beaucoup plus loin. Lorsque l'on utilise des déchets pour créer, fabriquer quelque chose de nouveau, il s'agit alors d'"upcycling" : la matière gagne en valeur et en personnalisation. Les impacts positifs sont nombreux tant au niveau individuel (plaisir de créer, estime de soi, autonomisation, économies financières...) que collectif (lien social, partage de savoir-faire, gain de compétences, réappropriation des biens communs...). 
 
Ainsi, des nouveaux métiers sont ent train d'apparaître ou de réapparaître, comme celui des valoristes qui identifient, en amont des bennes de la déchetterie, les objets pouvant encore servir. Ces personnes, souvent en contrat d'insertion, nettoient et réparent ces objets pour alimenter les recycleries, ressourceries ou boutique de seconde main. Solutions face à la crise, alternatives plus responsables que notre mode de consommation classique, le troc, la "récup'" et le "faire nous-même" sont en regain de mode depuis les années 80. En effet, on retrouve le plaisir d'apprendre et de faire avec ses mains, plutôt que d'acheter tout fait. On peut ainsi entretenir, réparer et personnaliser. Le mouvement des makers ("faiseurs" en anglais) témoigne de cette tendance, modifiant notre quotidien. Mode fortement liée au développement du numérique : plateformes et réseaux sociaux pour les échanges de matières ou de tutoriels, outils à commandes numériques comme les imprimantes et les graveurs qui annonceraient la 3e révolution industrielle. Le secteur de la construction n'est pas en reste à en croire l'exposition "Matière grise" du Pavillon de l'arsenal : des bâtiments constitués de matériaux réemployés. Le déchet, notre avenir?
 
Article co-rédigé par Exit-Sauve qui peut ! et La bricolerie, merci à ces contributeurs !
Crédit photo : Exit

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