Les communs et l'Economie Sociale et Solidaire

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Les communs et l’Economie Sociale et Solidaire

Par Claire Brossaud

Si l’on doit principalement le renouveau des communs aux adeptes du numérique libre qui ont critiqué l’extension des droits privés de propriété intellectuelle sur la connaissance, on assiste depuis deux ans maintenant à une réappropriation de cette notion par différents secteurs d’activité, comme l’environnement, le développement, l’urbanisme, la science, etc. Au sein de ce maillage, l’Economie Sociale et Solidaire a pris une place de choix parce que ses acteurs se sont retrouvés dans un certain nombre de valeurs promulguées par les communs, parmi lesquelles figurent une remise en cause de la propriété et une gouvernance partagée.
Les travaux fondateurs de l’économiste Elinor Oström sur les communs en 1990 ont ravivé l’idée que des communautés pouvaient gérer des ressources de manière collective sans que l’on ait systématiquement recours à la propriété privé capitaliste d’un côté et à la propriété publique de l’état de l’autre. Ainsi, aux côtés du couple traditionnel Etat/Marché, les communs mettent au coeur de la régulation économique l’usage partagé des ressources. Ce peut-être par exemple des « biens communaux » comme des affouages où l'on va répartir la production et la consommation de bois de manière à ce que les arbres ne disparaissent pas d’une année sur l’autre, des pêcheries coopératives où les quotas de pêches sont arbitrés entre tous les détenteurs de bateaux sur un périmètre maritime, des contributions collaboratives sur wikipedia dont les règles, fixées par les pairs, vont garantir l’universalité de la connaissance, etc. Cette remise en cause de la propriété fait largement écho aux principes de l’ESS qui reposent sur le fait qu’une autre forme de gestion, collective, des actifs matériels et financiers est possible dans les entreprises. Des domaines d’activité comme l’habitat participatif, les monnaies locales, les tiers lieux, les circuits courts alimentaires se sont développés récemment sur ces bases-là.
La mise en commun des moyens de production et de gestion de l'économie à petites échelles peut être efficace et vectrice de justice sociale si elle renvoie à une gouvernance partagée. Ce point de vue est davantage défendu par l'économie solidaire que par l'économie sociale, d'où l'on peut voir l'empreinte fondatrice du mouvement associationniste et corporatiste au XIXème siècle. Cette idée est réactualisée aujourd'hui par les communs, qui défendent la mise en place systématique de décisions démocratiques dans les organisations ainsi que la définition de droits d'usage régulés à l'échelle des communautés afin de préserver les ressources. Sans cette gouvernance partagée – appelée « autogestion » ou « autogouvernement » selon les contextes, point de communs. Aujourd'hui, la tentation du « commons washing » est grande  comme si il suffisait de croire que parce des ressources sont partagées et en libre accès, elle constitue un « commun ». Or, l'on sait depuis le phénomène « Uber », que mutualiser des voitures, du co-working, des données ou des appartements, peut conduire à une captation de la valeur d'usage d'une marchandise ou d'un service à des fins strictement mercantile et prédatrice. L'économie sociale et solidaire nous rappelle à cet endroit que les communs sont aussi un processus contributif qui s'instituent au fil du temps pour aboutir à des coopératives, à des chartes, à des règles ou à des procédés collaboratifs.

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